J’y reviens sans cesse, alors pourquoi se justifier à chaque
fois ? Stroboscopic Artefacts
est un des meilleurs labels de la scène techno actuelle, ne me demandez plus
de vous le présenter. En revanche, il y a bien quelque chose à présenter
pour que je fasse l’effort de revenir ici. Ce dont il fallait s’apercevoir
cette semaine, c’est qu’après la fameuse série des Monad, débutait cette semaine en digital celle des Stellate, des various orientés
ambient/expérimental et musique contemporaine… Un grand saut qu’il ne fallait
justement pas manquer, et je parle ici aussi bien de nous auditeurs que de Lucy
et ses camarades puisque ce changement du tout au tout était une opération à
risque. Le résultat ? Ils ont essentiellement tout déchiré. Loin d’être un
indispensable, ce VA possède néanmoins la noble qualité d’être immersif, et de
savoir tirer de sa faiblesse la plus apparente (la quiétude presque lassante)
une force remarquable en rendant le tout totalement hypnotique. Scotché à notre
casque, on est forcés de rester concentré de la première à la derrnière
seconde, tantôt focalisant notre attention sur les moindres détails de
l’extravagante ‘Frequency Phase Part III’ de Kevin Gormang, tantôt
confus et étourdis, happés par l’expérience psychotrope de ‘The Seduction Ends
In Tears’ de Borful Tang ou
‘Molineux’ de Perc. Des quatre
artistes présents (Lucy est le
dernier), Borful Tang tire réellement son épingle du jeu selon moi, sachant
allier expérimentation et saveur dans des tracks parfois totalement hallucinatoires
(la fin de ‘Meet The Band’ est –pendant trop peu de temps d’ailleurs - un sale
délire, avouons-le nous). Gardons à l’esprit que l'ensemble cela reste néanmoins
gentillet, et si on est bien accroché à nos écouteurs comme dit précédemment,
on en décolle pas le cul de notre chaise non plus. Comprenez que ce various, s’il
a le mérite de savoir nous impressionner la première fois, ne passera pas les
10 écoutes. Ce n’est pas plus mal, et cela prouve une fois de plus qu’on peut
toujours compter sur le label berlinois pour, si ce n’est nous faire accéder à
un autre état de conscience, nous distraire avec une bonne dose de passion ;
et sincèrement, que demander de plus ? Quand en plus on sait que Stellate 2ème du nom sort ce mois-ci, et featurera Silent Servant et Dadub...
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Sunday, June 3, 2012
Sunday, April 22, 2012
EP de la semaine (partie 3)
J’ai l’impression d’être déjà
revenu cent fois sur cette histoire. En si peu de temps. Stroboscopic Artefacts, mythe nouveau de la techno sans
concession, épopée contemporaine de quelques bâtisseurs de cathédrales sonores,
celle de ces défenseurs d’une cause noble, l’expérimentalisme de la techno.
Éthique sévère, esthétique froide, mais défenseurs visionnaires, pleins d’âme
et de grandeur dans leur art. C’est la montée en puissance en moins de trois
ans d’un label qui ne promettait rien, la reconnaissance internationale qui
s’en suivit, l’adulation et l’idôlatrie quasi religieuses de ses admirateurs,
et une estime souvent aussi grande que pour l’ogre Ostgut Tonträger. Avec un parcours semblable à celui d'Horizontal Ground ou encore Sandwell Distrcit (bien que leurs
politiques de vente et de communication soient très très différentes), Stroboscopic Artefacts s’est octroyé
une place sur le podium des labels
de techno les plus éminents du continent quand il s'agit de la section
« expérimentale ». Grâce à des albums comme
le Wordplay for Working Bees de Lucy, ou Sword de Xhin, SA a
fait tourner les yeux de la planète entière vers son collectif métissé et
intransigeant. Allemands, Italiens, Japonais, Argentins, Hollandais, les
artistes de SA ont su se trouver une
vision commune dans une techno assez industrielle (cf. Wordplay for Working Bees), parfois très abstraite (cf. Sword), et surtout dévastatatrice, comme
une simple écoute de la série des Monad
peut en attester. Éduqués aussi bien par l’école de Basic Channel que par celle de Underground Resistance, les jeunots n’ont eu peur de rien. Ils sont
partis directement le plus loin possible dans leur volonté de créer quelque
chose d’unique. Sans aucune hésitation, Luca Mortellaro a ouvert une voie pour tout ce beau monde, dès 2009. Aujourd’hui
il vient de signer un énième EP, qui se trouve être la plus récente release de
la maison. Banality Of Evil est un
pur produit Stroboscopic Artefacts, et laissez moi vous expliquer pourquoi.
Le thème abordé – l’étude
scientifique du conformisme, et l’analyse philosophique à la Arendt – l’est
peut-être avec assez peu de subtilité. Les titres, évidents, en deviennent
presque drôles, mais c’est là qu’il faut chercher le talent de l’italien. C’est
peut-être au contraire avec cette évidence qu’il réussit à nous émouvoir et à
nous inquiéter. En mentionnant ce à quoi sa musique réfère, il place dans un
cadre infiniment plus sombre l’écoute de son maxi. Chacun est familier avec les
théories de Milgram et d’Asch, et à l’expérience des prisonniers de Stanford.
Ainsi on entre dans cet EP par une inquiétante collaboration avec Roll The Dice, un ‘Superior Orders‘ qui
donne le ton. Un jeu sur la synthèse sonore, avec ses bleeps en forme de cloche
qui retentissent dans nos oreilles, on est happé par la récurrence mécanique de
cette note pédale qui vous donne bientôt le tournis. Peu à peu les éléments,
innombrables, se mettent place, un fourmillement d’effets vient perturber
l’exaspérant métronome. Vous n’êtes qu’un pion sur cet immense échiquier, qu’un
boulon dans la gigantesque machine, et on vous le fait sentir. Arrive ‘Stanford
Prison’, l’expérience bien connue est évoquée par une techno aérienne, superficielle
et assez peu dispendieuse. On reste au-dessus de la saleté de l’âme humaine, on
est pas suffisamment touché par le dégoûtque l’on éprouve pour notre espèce,
pas vraiment corrompus par nos vicissitudes. Planant, ‘Stanford Prison’ reste
cependant un bel exemple de techno à la Strobsocopic Artefacts, rugueuse juste ce qu’il faut, avec une architecture sonore qui a
dû demander bien du travail aux ingés son du label. Enfin, ‘Milgram
Experiment’, le morceau phare, est une expérimentale délicieuse jouant autour
de quatre notes d’un synthé émulant le pluck une guitare sordide et entêtante.
Inlassablement, ces quatre notes vont nous ensorceler, avec ce corrosif bruit
de fond, ces voix lointaines, et ce brown noise qui prend toujours plus
d’ampleur. Bientôt, l’atmosphère pesante devient crispante. et la tension, à
son comble, vous fait transpirer. Arrive enfin ‘Asch Paradigm’, ambient
malsaine, qui semble jouir de notre désolation, du dégoût profond que l’on a
pour soi lorsqu’on réalise qu’on a franchi la dernière limite, qu'on a commis
l’irréparable, l’inhumain.
Lucy a terminé son travail. La mécanique de la hiérarchie ne vous a
rien épargné. Il vous a fait suivre les ordres. Suivre la cadence infernale.
Continuer dans le chemin de l’ignoble. Persévérer dans l’atrocité. Et se perdre
en chemin. C’est court, intense, et cela, à défaut d’être une de leurs
meilleures releases (c’est déjà beaucoup dire sur la qualité du label en
général), définit Stroboscopic Artefacts : avec une esthétique raffinée, nous emmener voir les
tréfonds de nos âmes, là où nos sentiments les plus vils se cachent. Avec des
architectures sonores aussi complexes que réussies, nous plonger dans la
torpeur d’une introspection douloureuse, afin de mieux nous briser à la fin.
Avec le souffle d’une techno parfois
bourrine, nous labourer le crâne, et nous observer nous démener quand on écoute
trop de leurs releases à la suite. À tous ceux qui se demandaient ce que
pouvait bien être Stroboscopic Artefacts,
le timide Lucy répond ici humblement, en
employant les mots d'un maître : « Quand ça fracasse, ça fracasse ».
Thursday, April 19, 2012
EP de la semaine (partie 2)
C'est une certitude, les garçons de chez Dement3d s’y connaissent en marketing. Sous couvert de se la jouer underground, ils ont réussi à se créer une petite flopée de groupies, avant même la signature d’un premier EP. Oui, Dement3d est ce label parisien qui est arrivé, on ne sait trop comment, à susciter un engouement autour de rien, ou plutôt autour de pas grand-chose. Se croire conceptuel avec des vidéos mystiques, des technologies arty, des noms imprononçables (DSCRD) ou ne référant à rien (3141592653589793238462), ce n’est pas vraiment sérieux pour un label. Mais avec le temps, les petits rien se sont accumulés, et le label prometteur s'est transformé en un label promu. Si tout Paris s’est enfin donné le mot il y a un peu plus d'un an, c’est surtout parce qu’ils ont réussi à faire venir jouer certains des plus beaux noms de l’électronique des dernières années (on pense à Sandwell District, Shackleton, Surgeon, Lucy, Prosumer) à leurs soirées éponymes au Social Club. D'où la fulgurance (relative) de leur notoriété. Relative parce que Dement3d a connu ses débuts en 2006. D’abord une doublette de passionnés (Heartbeat et François X) qui résidaient respectivement au Rex et au Djoon à l'époque, ils ont fini par inviter leurs compagnons de raves (Silicate, Deeply Rooted House) à des évènements parisiens. Leur renommée en tant que label s’est ensuite faite avec les débuts du groupe DSCRD en live, un collectif qui débuta au sein même du collectif. Des débuts aussi foutoirs qu’inspirants d'ailleurs. Mais en juin 2011, les deux fondateurs et associés de longue date publient le premier EP de DSCRD, alors les seuls autres artistes du label. Et c’est excellent. Les cinq garçons signent un très très bon EP, intitulé Discordance, à l’image de leur live - une prestation qui retient vraiment l’attention, j’ai gardé de bons souvenirs de ce concert aux côtés de Moritz Von Oswald Trio, attraction majeure d’une soirée qui fût mémorable, je vous le dis. Discordance est donc une perle, et on attendait plus qu'une chose, c'est que Dement3d remette le couvert. J'ai le plaisir de vous annoncer, jeunes gens, que c'est désormais chose faite, cette fois-ci avec Indirect Light, premier EP de leur second groupe phare, Polar Inertia. Et croyez-moi, c’est tout aussi royal.
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