Qu’il est dur de s’attaquer au mythe Clark ! Après un Totems Flare repoussant les limites d'un genre aux frontières déjà rares, il devient tout aussi audacieux de tenter de dresser un procès contre la grande figure anglaise que couard de ne pas saisir l’occasion donnée par la sortie d’Iradelphic, son nouveau LP. Le fait que j’ai découvert Chris Clark avec son précédent opus aurait pu avoir raison de mon courage, mais j’ai décidé d’abréger les excuses et de livrer ma critique à la critique, plutôt que de m’abstenir et regretter.
2008, Turning Dragon : éclatant, flamboyant, imposant. Totems Flare, l'année suivante ? Un instant classic explosif, ingénieux, concentré de talent et d’innovation. Technique, aussi ciselé que foutraque, il donnait le tournis avec ses arpèges, ses distortions, ses cascades de notes et breakbeats incontrôlés. À la manière d’un Jackson And His Computer Band trois ans auparavant, seulement plus puissant, plus haut, plus grandiose. Cet immense label (on en vous fera pas l’affront de vous dire lequel) n’a jamais cessé de livrer des classiques en matière d’électronique expérimentale, le chamboule tout sonore ayant progressivement remplacé l’IDM, l’ambient et le shoegaze des Aphex Twin, Autechre et autres Seefeel. Mais à l’heure d’un Dross Glop inégal, d'une Leila médiocre, ou d’un Gonjasufi très essouflé, on espère que la maîtrise de Clark parviendra à nous faire oublier ces erreurs, voire à nous rappeler les bons moments du dernier opus. Malheureusement, le "dragon" de 2008 se retourne dans la tombe creusée par cette nouvelle oeuvre, et la "flamme des totems", si elle ne s'est pas éteinte, a perdu de sa lueur depuis 2009.
2008, Turning Dragon : éclatant, flamboyant, imposant. Totems Flare, l'année suivante ? Un instant classic explosif, ingénieux, concentré de talent et d’innovation. Technique, aussi ciselé que foutraque, il donnait le tournis avec ses arpèges, ses distortions, ses cascades de notes et breakbeats incontrôlés. À la manière d’un Jackson And His Computer Band trois ans auparavant, seulement plus puissant, plus haut, plus grandiose. Cet immense label (on en vous fera pas l’affront de vous dire lequel) n’a jamais cessé de livrer des classiques en matière d’électronique expérimentale, le chamboule tout sonore ayant progressivement remplacé l’IDM, l’ambient et le shoegaze des Aphex Twin, Autechre et autres Seefeel. Mais à l’heure d’un Dross Glop inégal, d'une Leila médiocre, ou d’un Gonjasufi très essouflé, on espère que la maîtrise de Clark parviendra à nous faire oublier ces erreurs, voire à nous rappeler les bons moments du dernier opus. Malheureusement, le "dragon" de 2008 se retourne dans la tombe creusée par cette nouvelle oeuvre, et la "flamme des totems", si elle ne s'est pas éteinte, a perdu de sa lueur depuis 2009.
Iradelphic commence doucement. Avec tendresse. Une comptine nommée ‘Henderson Wrench’ fait office d’introduction, avec ses riffs de guitare, sempiternelles loops entremêlées, un balancement continu, une harmonie simple et limpide, et surtout des percussions présentes pour quelques rares breaks seulement afin de laisser le rythme être exécuté par les seules cordes pincées. Le décor (très acoustique) à peine posé, ‘Com Touch’ vient de suite nous faire réviser notre jugement avec une touche électronique un peu plus assumée. Plus encore, ‘Tooth Moves’, offrant maintenant une place de choix au combo guitare-batterie, ne sera pas sans rappeler The Cinematic Orchestra. La touche « accélération - solo de synthé saturé » en plus. Argument de poids en sa faveur, car le reste, toujours simple et limpide, n'a rien d'affolant. Une fois la mélancolie de l’ère digitale évoquée dans un joli interlude sans drums (‘Skyland Bruise/Descent’), on repart avec un ‘Open’ qui tombe carrément dans le mièvre. La voix de Martina Topley-Bird aurait ici pu être celle de n’importe qui, ce morceau manquerait toujours autant de gueule. Longuet en étant court, peu immersif, ce classique moderne à deux francs manque d’abstraction et de puissance. ‘Secret’, légèrement plus fouillé puisque plus varié, renoue avec l'idée qu'on se fait d'une œuvre artistique de musique électronique. Il évite le cliché, et surtout l’arrêt de la lecture de l’album pour la reprendre plus tard. Alors que je m’endormais un peu, ‘Ghosted’ et ‘Black Stone’ prennent un virage à 90 degrés. Plus calmes, mais plus expressifs, les deux morceaux ambient revalorisent un peu cet album alors en perte de créativité. Quand vient ‘The Pining’. Une montée en intensité d’une dizaine de minutes, avec un air entraînant à souhait, rush d’ardénaline assez court, mais sensible. Un départ à la Bonobo (je restais sceptique, malgré mon amour pour Simon Green) pour une fin à la Geskia!. Mais là où un morceau d’une dizaine de minutes aurait réussi à nous donner une vraie érection, c’est une demi-molle assez frustrante qui s’empare de nous. Interrompu par sa division en trois parties, il perd de sa superbe, créant alors une attente une nouvelle fois déçue. Pour le highlight convenu de l’album, c’est un peu faible. ‘Broken Kite Footage’, dans la continuité de ‘The Pining part 3’, clôt l’album d’une ambient qui, malgré sa qualité, nous laisse un peu sur notre fin…
Majoritairement dans les constructions basées sur des loops un peu trop faciles, Clark livre ici un recueil de berceuses en guise de release. La complexité rythmique et la sophistication acoustique sont volontairement dans un style plus sobre que par le passé, puisqu'il s'agit plus d'abstract et de downtempo que de noise ou d'experimental, mais les harmonies des guitares, orgues et synthés analogiques se juxtaposent sans grand tempérament, et ne pallient en rien le manque d'expérimentation d'un maître en la matière. On peut comprendre qu'il veuille changer de registre, mais le niveau d'exigence devrait rester le même. Là, on s’extasie devant une beauté complaisante et moins dynamique que dans d'autres albums du genre : peu enthousiasmé, et rarement surpris. C’est maîtrisé, mais avec des tracks courtes qui manquent de profondeur, et qui ne font pas valoir grand chose du peu d'atouts qu’elles ont, on en arrive facilement à un résultat mitigé, voire décevant, pour un album loin d'être aussi grand que son auteur. Subissant la comparaison avec son précédent long format, Clark change de direction, et pas forcément pour le mieux. Malgré sa production irréprochable, Iradelphic ne fera pas que des heureux. Amateurs de sensations fortes, passez votre chemin.
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| Clark, Iradelphic Warp Records 2012 |

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