Tuesday, March 6, 2012

Voices From The Lake - Voices From The Lake



Cela fait maintenant une semaine que j’essaie de trouver une idée pour commenter cette release. Il faut dire que malgré leur réputation, qui n’est plus à faire, je ne suis pas un fin connaisseur des deux compères. Alors quand la collaboration de Donato Dozzy et Neel démarée l’an passé trouve un aboutissement dans la publication de leur premier long format, Voices From The Lake, et encore mieux, quand l’album en question devient un phénomène chez presque tous les amateurs de musique électronique, je me suis trouvé confus, et bien embêté. Non pas parce que Voices From The Lake (c’est aussi le nom de leur duo) démérite, mais parce que ce que l’on écoute vient d’une autre planète.

Les deux troubadours de la techno ont travaillé tout l’été afin de nous livrer cette copie quasi parfaite. On dit que les festivaliers du Labyrinth ont eu la chance d’apprécier cet album live avant tout le monde. Mon humble avis est que cet album, s’il est une expérience aussi immersive qu'exportable, est peut-être un poil plus appréciable dans le confort d’une ambiance intime. Car, habitués du genre, et talentueux comme ils l'avaient déjà montré par le passé (souvenez-vous Silent Drops), c’est un véritable voyage sur les fleuves d’Asie du Sud-Est que nous offrent Dozzy et Neel.

 - Imaginez vous une étroite et calme rivière bordée d’une flore exotique. Vous êtes seul au sein d’un univers étranger, et étrangement confortable et chaleureux. Sereinement, vous vous armez de la pagaie afin de vous mouvoir silencieusement au cœur de l’épaisse jungle, de laquelle l’eau seule vous sépare. L’élément aquatique, omniprésent, ne vous a jamais paru plus doux. Enfin, selon la plus parfaite des progressions, le courant s’accélère, le rythme change, et vous vous rendez compte que cette aventure, à peine commencée, va changer votre vie. La traversée de cette contrée devient plus pénible au fur et à mesure que l’humidité se fait oppressante, et respirer s’avère un peu plus difficile à chaque seconde, mais qu’importe, le jeu en vaut la chandelle. Vous prenez peur : et si vous mourriez ici, oublié, sans personne pour vous aider, à 3h de vol du plus proche hôpital ? Mais vous êtes rappelés à la réalité par le chant d’un animal caché entre les arbres, et vous vous émerveillez à nouveau de la beauté du paysage. Toutes les craintes se sont envolées. L’étroite rivière est devenue fleuve : il ne faudra pas longtemps avant de tomber sur la prochaine grande ville. Vous vous accordez un dernier (long) moment, et quittez la rivière avant d’atteindre le port, et décidez de passer la nuit au bord du rivage, avec au loin la ville à vos pieds, et les montagnes dans votre dos. -

11 phrases, 11 morceaux : vous avez parcouru la moitié du Cambodge. Ou peut-être était-ce l'Inde. Ou peut-être était-ce l’Amazonie. Je ne sais pas. Mais avec une ambient techno aquatique incroyablement maîtrisée, vous venez d’avoir un des trips de votre vie. Des nappes "phréatiques" aux bleeps éthérés, tout y est passé, la palette instrumentale a été dévorée par le talent de Dozzy et son acolyte, qui se sont octroyés illico la place de meilleur album de ces derniers mois. Il ne sert pas à grand chose de détailler les tracks, cet album - mixé - ne prend tout son sens qu’à l’écoute complète et d’une traite, comme le font les grandes œuvres. Et bien que chaque track soit jouïssif, qu'ils correspondent chacun aux émotions de cette traversée, phrase par phrase, on ne saurait retirer la substantifique moelle du travail de Voices From The Lake ainsi, car la progression orgasmique du LP, kick après kick cette fois-ci, est carrément irréelle.

Si c’est à travers une techno radicale et expérimentale qu’on entend le plus souvent faire les albums les plus pointus, cet opus-là n’est radical que dans sa détermination à faire de l’atmosphère dégagée la priorité sur l’intellectualisme affiché. L'expérience acoustique est entièrement sensation, plus de discours et de dilemmes théoriques ou historiques. Il partage ainsi les ambitions des récentes merveilles de Monolake ou encore d'Ital. Ce n’est en rien une révolution, et c’est aussi ce qui rend cet album génial. Après Luca Mortarelli et son Wordplay for Working Bees l’année dernière, c’est au tour de Donato Scaramuzzi et Giuseppe Tilliecci, et de leur techno plus accessible, mais qu'eux seuls savent produire, d’accéder à la postérité.  L’Italie a de beaux jours devant elle.

Voices From The Lake - Voices From The Lake
Prologue - PRGCD001
Ambient Techno, Deep techno
2012

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