Récemment, on m’a demandé si cela avait un sens de parler d’ambient dubstep. Si je n’ai pas réussi à déterminer la nécessité d’une telle dénomination, j’ai cependant certifié que certains groupes pourraient rentrer dans cette catégorie utopique, et j’ai par la même occasion cité Desolate. Desolate, pour la plupart d’entre nous, c’est un sinistre inconnu (Sven Weisemann de son vrai nom) sur qui la lumière fut projetée lorsqu’il sortit la première release de l’ésotérique Fauxpas Musik, label Bass/IDM/Downtempo hambourgeois que vous n’avez probablement découvert qu’après la parution de l’EP Sevensol & Bender de Scuba en 2010. Pas de quoi casser trois pattes à un canard jusque là. Sauf qu’en 2011, Desolate sort un album, et pas n’importe lequel. Presque un highhlight de l’année, tant on est charmé par les sonorités dub et les réflexions ambient de The Invisible Insurrection. Quelle ne fut donc pas ma surprise quand je découvris au lendemain de cette conversation la sortie de son second long format, Celestial Light Beings. Je me mis aussitôt à l’écoute de ce dernier, et voici plus ou moins mon impression concernant l’œuvre.
Celestial Light Beings reprend là où The Invisible Resurrection s’était arrêté. Ainsi, l’esthétique du disque, résolument ambient/downtempo, cède à l’abstrait et à la passivité les dernières velléités uptempo que possédait son prédecesseur. Et pourtant Dieu sait qu’elles étaient faibles : il s’agissait tout au plus d’un beat un peu plus agressif, d’une marche accélérée, mais rien de bien franchement rave-ish. Cette fois-ci, on est bien en-deça du niveau d’identification à l’esprit dubstep affiché par le précédent LP. La comparaison avec Burial, facile, lui rendrait en fait justice, car si son confrère anglais est surmédiatisé, et porté aux nues, Desolate, de son côté, construit une œuvre tout aussi remarquable, et dont la portée artistique est peut-être plus signifiante que celle de Bevan (ce dernier semblant, malgré une approche et une construction musicales solides, s’éloigner de l’intransigeance de son phénoménal Burial, et se compromettre à la cause de ses nouveaux admirateurs orientés house et tech-house). C’est plutôt du côté d’un Eleven Tigers qu’il faut chercher. Même si le jeune londonien est assez agressif quand il s’agit de restituer la patte bass de ses origines, il sait donner une ampleur aérienne et atmosphérique à ses compositions, et l’émotion que contiennent ses nappes sont en parfaite adhésion avec l’imagerie du néerlandais. Chez Weisemann, le rythme 2-step anglais est là, comme chez tous ces artistes, mais l’ambiance est plus éthérée, et l’impression laissée, évanescente.
Le titre de l’opus Celestial Light Beings est de suite rendu évident par la track d’introduction, ‘Ambrosia’. Des voix célestes nous entraînent vers leur demeure paradisiaque, mais la mélancolie de le ligne de basse, presque totalement diluée dans l’atmosphère par ailleurs, empêche notre cœur de s’emballer lors de cette montée au ciel. C’est ainsi que démarre ce vol d’une heure et demie, entre nuages et espace, dans un lieu qui n’existe que dans les plus beaux contes ou les plus beaux albums. Rassurez vous, ce n’est pas de l’ordre de la soundtrack d’une pub Air France, loin de là. Par contre, on alterne entre le minimalisme d’un piano aux notes au toucher un peu trop faux pour faire sérieux, et les imposantes harmonies de la multitude de cordes à l’unisson. Les violons pompeux, la mélodie simpliste d’un piano sur lequel on a mis trop d’écho, et des voix féminines qui font office de sirène, tout cela ressemble fort à l’attrape nigaud prétentieux et inintéressant, à une ambient dépourvue d’intelligence et d’effort artistique. Une mauvaise plaisanterie, digne d’un pseudo-artiste qui vient de s’installer vers les Buttes Chaumont pour se donner un genre, et qui crache sur la musique électronique mais encense Nicolas Jaar.
Mais là où Desolate prend cette idée à revers, c’est que si la composition instrumentale de cet album semble à condamner au premier abord, elle est en fait entièrement dépendante d’un beat dubstep très soft. Cette ajout à l'harmonie des cordes et des vents délivre Celestial Light Beings de l’ambient médiocre qu’il aurait été sans l’apport de ce rythme. Il n’y a qu’à regarder ‘Desolation’, le beat donne cet aspect lent et réfléchi à un track qui devient par là-même un morceau downtempo orienté dubstep. Avec des morceaux comme ‘Risen’ ou ‘Floresence’, l’influence bass est plus largement assumée, et ‘Se7en’, entre les deux, est peut-être le morceau le plus intéressant de l’œuvre ; c’est aussi parce que ce trio dub central donne de la profondeur et de la matière à ce Celestial Light Beings qui prend peu à peu forme, et est en réalité loin d’être la caricature qu’il y paraît lors d’une première écoute un peu hâtive. Chez ‘Synaesthetic’, on croirait presque se retrouver sur un album de Burial. Quant à Farewell #3 et 4#, parenthèses purement ambient, elles ne contrastent presque pas avec le reste de l’album, et ce grâce à l'atmosphère clairement downtempo de l'ensemble du LP. Enfin, ‘Exclusion of Light’, avec son kick profond et étouffé, clôt avec majesté les 43 minutes de cet opus.
Par la force du contraste entre le beat et les harmonies (voix, cordes frottées, ou frappées), Desolate réussit une jonction pas forcément évidente entre dubstep et ambient, et surtout il donne à son oeuvre une volonté dramatique forte, bien qu’un peu surfaite. Il est vrai que l’effet "cinématique" donné par ce piano un peu trop présent est pesant à la longue, et semble appartenir à un mauvais film romantique sud-coréen des années 90. Mais le reste de l’album, indubitablement bon, est à savourer, et à savourer uniquement, faute de quoi on pourrait se retrouver écœuré d’une oeuvre qui, au contraire, mérite qu’on y prête attention…
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| Desolate, Celestial Light Beings Fauxpas Musik 2012 |


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