Parce qu’aucun album récent n’aurait pu mieux introduire ce blog. Shades of Sound se nourrit de ce qui fait la force de cette oeuvre, et s'il est sorti il y a un mois déjà, sa grande qualité, à savoir sa poésie, nous y fait sans cesse revenir. Regardant à la fois derrière et devant soi, Nautical Clamor est une ode à notre naïveté, celle de notre perception de l’écoulement du temps. Un souvenir douloureux chez une âme brisée, et la dure contrainte du passé torturant cet esprit fragile ; une satisfaction sourde et profonde chez une personne éreintée par la vie ; enfin un sourire enfantin sur le visage d’un adulte, ou inversement un regard penseur et plein de sagesse chez des bambins. Si c’est cette dernière image que Tropics a choisi comme cover de son premier grand-oeuvre, l’album est un peu chacun de ses exemples, et prête à toutes sortes d’émotions jouant sur le registre de la nostalgie. On y est bercé par de sublimes vagues de douceur synthétisée, enveloppé par les ondes sonores chaleureuses et rassurantes de ces vibraphones, ces pianos, et ces multiples couches d'orgues électroniques.
Rassurantes, en effet, car ce long format, s’il nous emmène loin grâce à son exotisme, ne nous amène pas à découvrir de nouvelles contrées musicales par son originalité ou son expérimentalisme. Nous naviguons, certes, mais nous naviguons sereinement, sans l’ombre d’un danger ou d’un risque, et si quelque écueil pourrait nous faire échouer, ce ne serait que pour faire naufrage sur une île polynésienne confortable, ne répondant qu’à l’image préconçue et usée que l’on s’en donne.
Mais si l'on me demande si certains morceaux de cet opus tombent dans le traquenard de l'impersonalité et du cliché, je répondrai que non, car si un seul correspondait à cette description, alors on serait amené à croire que tout l’album n’est que futilité. Je crois au contraire que par certains travers superficiels (présents, il n'en faut pas douter), Tropics sait subtilement raviver les flammes du passé, adoucir l’aigreur qui nous est peut-être restée, et nous éblouït. Sans trop nous faire réfléchir, mais sans être inepte non plus. Une qualité qui ne se laisse apprécier qu’après de nombreuses écoutes, et un standard digne du label sur lesquel Chris Ward a signé par le passé (Planet Mu). Un océan de souvenirs s’offre à nous, et la maestria avec laquelle le jeune artiste nous y emmène ne nous laisse plus le choix : voguons-y.
Tropics
Nautical Clamor
Self Released
IDM, Downtempo, Dream pop
Janvier 2012
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