Il y a maintenant presque deux mois, un opus dantesque est sorti, et est passé presque inaperçu. Si grand que je me suis senti obligé de chroniquer l'ovni. Tant bien que mal, avec la modestie qu'impose le regard du simple amateur sur les grandes pièces. Mais l'amateur que je suis voulait lui rendre un peu de ce qu'il m'a donné. Après seulement 3 coups d’éclat (doublement en 2007 chez Part2 Records, puis en 2008 chez les lyonnais d'Ultimae), James Murray se sentit pousser des ailes et fonda en 2011 Slowcraft Records, où fut publié l’album en question, Floods. Car s’il est certain qu’aussi peu de musique fut produite chez Slowcraft jusqu’à présent que par ce mystérieux Jim Murray, on ne peut tarir d’éloges devant la réalisation de cet album.
Il s’ouvre sur une enivrante montée crescendo, où l’intensité augmente au fur et à mesure que des cordes ensorcelées nous aspirent et nous tirent vers un univers de calme et d’abstraction. Cette corde pincée encore et encore, ces vents qui nous apaisent plus loin, ce souffle, immense, si proche, tout est si agréable, et nous passons du réel au rêve sans même nous endormir. Mais est-ce l’anesthésie nécessaire avant la douleur du retour, ou le doux refuge d’un sommeil mérité ? ‘First Falls’ donne un ton ni trop sentimental ni trop élaboré à cet album, l’idée d’un intimisme ni mièvre ni facile, d’un onyrisme à portée de tous, même dans ses échelles les plus abstraites. C’est alors que le voyage commence. ‘Greenlands’, digne de n’importe quel Final Fantasy tout comme de la B0 de Furyo, nous fait hésiter entrre la forêt enchantée d'un monde, et la camp de prisonniers de l'autre, mais ce n’est en fait pas pour nous déplaire, et Final Fantasy prend finalement le dessus quand la loop nous délivre enfin de toutes nos peurs par ses tintements cristallins. On est rapidement bercé par le doux paysage qui prend forme dans notre imagination, mais un plus inquiétant trio, ‘A Place to Stand’, ‘Floods’, ‘Still Water Rises’ nous rappelle néanmoins que nous sommes bien à l’écoute du travail d’un artiste adulte, et surtout d’un artiste confirmé. Cette ambient est fine, intransigeante, et, sans se vouloir intellectuelle ou intellectualiste, intelligente. Elle nous plonge dans un rêve conscient, une expérience aussi bien imaginaire que réelle. On croit découvrir une vérité, quand enfin on se rend compte qu’il ne s’agit que d’un leurre, que cette ambiance maladive que nous avons contractée est faite de toute pièce, mais reste pourtant bien avec nous chaque instant de cet album. On ne se lasse pas des sursauts du décor créé par Murray, de ces semblants de bruits de faune dans ‘Greenland Waters’, de ces échos en clapotis chez ‘Hold Your Breath’. Tout est distillé dans un étourdissant florilège d’impressions, de sons du réel artificiel, et forme une image sonore rémanente, imprimée dans notre cornée jusqu’au bout de ces courtes 40 minutes de plaisir, jusuq’à sa dernière goutte de pluie.
À l’opposé d’un Lithea de 36 un rien fade, et surtout longuet, James Murray sait extirper la valeur de cette musique rituelle qu’est l’ambient, et nous prend aux tripes avec la matière la plus simple, travaillée de la meilleure des manières. Fouillé, immense mais intimiste, ce LP nous colle à la peau afin de mieux nous dévorer amoureusement. Un rêve fou, plus érotique à chaque réécoute. Un gentillet drone à moitié acoustique devenu tendresse et plaisir de notre imaginaire. Proprement et subtilement, il nous suffit de 40 minutes pour atteindre par plusieurs fois l’orgasme. Mais comme tous les bons coups, une seule fois ne suffit pas, et ce climax ne se trouve que par l’accumulation des écoutes de cet opus, opus qui restera comme l’un des meilleurs de l’année en terme d’ambient. Pour conclure, je vous dirai non seulement de prendre ce Floods corps et âme et d’en faire sa chose, tant il est certain qu’il vous inondera de joie ; mais je vous conseillerai encore de jeter un coup d’œil à Trusting A Twirled World, cet EP d’Anne Marger, première release officielle de Slowcraft, et tout aussi digne d’intérêt.
| James Murray, Floods Slowcraft Records 2012 |

Merci :)
ReplyDelete