À l’heure du téléchargement en quelques clics, de la surproduction et de la surconsommation de musique, un weekend, c’est long, et une semaine de retard devient un lourd fardeau. Parce que je suis né après 1990, il m’est impossible de prétendre aimer digger à la manière des anciens, sans se presser, en s’imaginant que le temps qui nous est imparti tend vers l’infini. Je suis de cette race de boulimiques du son, qui enragent de n’avoir que 24h dans une journée, qui se confrontent inlassablement et en vain aux limites que la durée des morceaux leur impose, et qui ne connaissent la satiété qu’à l’heure du live. Ainsi, je dois confesser que - vacances oblige - rester éloigné de la musique pendant plus d’une semaine m’a paru une éternité. Plus encore, l’impossibilité de chroniquer tout ce que j’avais écouté voracement par la suite (trop grosse quantité ingurgitée en trop peu de temps) me rendait furieux. J’ai donc décidé qu’il était temps d’abréger mes souffrances et de passer à la seconde sélection de ce blog. Une sélection que j’ai choisi de diviser par genres. Puisque mon travail était déjà primaire, pourquoi ne pas aller au bout de mon entreprise de simplification de cette savoureuse compilation ?
Quand il s’agit de House/Deep
House, il y avait deux albums qu’il ne fallait absolument pas rater… L’un était
assez dur à éviter, puisqu’il s’agissait du dernier long format de la star du
genre Moodymann, un Picture This envoûtant à souhait qui
marche aussi bien à l’écoute au casque que sur le dancefloor. Les publics
froids ou exigeants ne résisteront à pas l’appel d’un ‘Pray 4 Love’, tandis que
les flûtes de ’Hold It Down’ ou
s’accommoderont à la perfection avec une soirée entre intimes dans votre
salon. En revanche, il est possible que vous soyez passé à côté de l’autre
perle de ce mois, le LP de Tazz sorti chez Tsuba. Ce
canadien jusqu’à présent inconnu au bataillon pour la plupart d’entre nous
vient de se révéler être un DJ House des plus prometteurs, grâce à un Adventures of Tazz très convaincant. Peu d’albums de club music sont
arrivés au niveau de celui-ci cette année, tant il est vrai qu’il reprend à la
perfection les codes de la house, tout en les diluant dans un mélange corrosif
d’Acid et de Techno. Encore une fois, Detroit et Chicago se font sentir, mais à
la différence d’un Fort Romeau (cf. Kingdoms) ou d’un Gerry Read (cf. Yeh Come
Dance) que j’apprécie pourtant beaucoup, la touche acid est largement
privilégiée, et cela lui donne une grosse personnalité dans un monde de deep
house aseptisée.
En matière d’EPs, mention
spéciale à ce bijou de Credit 00
baptisé The Living Room Life. Comme
en début d’année avec le superbe Brother
de Cuthead, le label allemand Uncanny Valley n’en finit pas d’empiler
les maxis de qualité. Enfin, découverte du mois, le mystérieux A5. Signant la sortie du premier EP du
nouveau label Udacha, il devient immédiatement
un des noms à suivre de cette année.
Les choses sérieuses, désormais.
Il m’est permis de penser que ce mois-ci a été très fructueux pour les amateurs
de musique électronique légèrement moins classique. En témoigne les EPs de Lakker, Ukkonen, et Vessel. Le
premier signe un Arc très intéressant,
relevant d’un peu de Bass une techno très dense et très actuelle, à la manière
d’un Boddika & Joy O. Le
second, quant à lui, ne s’est focalisé sur aucun genre, tant on a du mal à
définir l’ensemble de l’EP. Dans Spatia, la dimension « voyage
intersidéral » est ici combinée à de la techno et de l’IDM… On est encore
en mal de certitudes, voyez-vous, car si l’étiquette techno semble être collée à
la musique du duo finnois, les breaks, contretemps et autres anacrouses
répétées n’appartiennent en rien à l’esthétique « 32 bars ». Uncharted Audio avait déjà sorti son
précédent maxi, Erriapo, qui vaut
bien d’être écouté si l’on veut comprendre l’univers de Miko Vaino et Sasu
Ripatti. Pour finir, je me concentrerais sur cette nouvelle merveille parue
chez Left Blank, minuscule structure
qui risque d’attirer pas mal de monde, artistes novateurs en mal de reconnaissances
tout comme fans à la recherche de nouvelles valeurs sûres. Car après un très
joli Hypnosis de El Kid, c’est Vessel (que
l’on connaissait déjà pour son bel EP Nylon
Sunset featuré par Peverelist) qui
revient avec un maxi baptisé Standard.
Trois tracks, trois bombes, une deep house un peu rêveuse à la Joakim, et deux tracks qui semblent
hésiter entre Hotflush et Smallville. Une cinquième petite
réussite qui ne fait qu’accroître les chances de Left Blank de devenir un futur symbole d’exigence.
La Bass Music n’avait pas non
plus de soucis à se faire au printemps puisque Distal et Lazer Sword ont tout deux sorti de bons albums.
Tandis que le premier ne fait que confirmer son sa réputation de joyau de la
scène post-dubstep avec un Civilization
qui ravira tous les amateurs de Tectonic,
le second dépasse son statut de simple « UK ravemaker » lambda avec Memory et arrive à nous prouver que pour
lui non plus, le dubstep n’est pas qu’une question de wobble. En se prenant
plus au sérieux, Lazer Sword nous
montre un nouveau visage qui, s’il n’est pas encore à la hauteur des Martjin
Deykers ou des Travis Stewart de ce monde, vaut bien une écoute attentive.
En parlant de Travis Stewart, celui-ci, toujours aussi créatif et omniprésent,
a sorti un EP de grande classe en compagnie d’Om Unit, sous l’avatar de Dream Continuum. Deux des plus beaux noms de la scène Bass ici réunis pour nous
offrir un morceau qui leur semble presque facile, mais qui a réellement envoyé
dans l’espace tous ceux qui ont décidé de suivre cette hérésie juke perdurante…
Si j’ai déjà mentionné les
importants albums techno qui ont vu le jour ce mois-ci (Claro Intelecto chroniqué ici, ceux de Sendai et Shifted comparés ici), j’ai malheureusement oublié de préciser que les meilleures
surprises de ce mois-ci étaient rangées à la section des musiques plus
expérimentales.
D’abord Exit Strategy, l’impressionant album de Larvae, nous plongeait dans un évasif trip ambient/glitch, tournant
entre la Drum’n’bass minimaliste d’Auxiliary,
le drone de Demdike Stare, et
l’expérimentale du dernier Desolate.
Le tout avec une cohérence remarquable et un sens de la structure qui fait
froid dans le dos. On ressortait renversé d’un album auquel on en demandait
rien, si ce n’est l’exigence générale d’Ad Noiseam, le label sur lequel est paru cette merveille d’Exit Strategy (ce qui n’est en fait pas
rien en termes de qualité, mais bon, surprise quand même pour ma part).
Ainsi, après une première
agréable surprise, on était charmé par l’écoute du fascinant LP de Dan Habarnam. Une ambient parsemée de
rythmes technoïdes ou 2step profonds et presque souffrants tant ils sont
enfouis sous la masse de synthés et d’effets d’inserts. Une sorte de drone
lumineux, qui enlève toute l’esthétique dark à un genre pourtant souvent
connoté « dark ». C’est fou comme quelques kicks bien placés peuvent
donner vie à un album assez froid. En conséquence From The Known est un des rares albums tombant pleinement dans la
case « expérimental » tout en étant très chaleureux. Un
accomplissement qui méritait qu’on parle de cette prouesse musicale. À noter que la pépite est sortie chez Exit, label qui, après le Test Dream de Consequence en novembre dernier, n'en finit décidément pas de nous contenter.
Enfin, Mohn, la réunion de Wolfgang Voigt et Jurg Börger, signait un
album éponyme, pur chef d’œuvre ambient, audacieux, inspiré, élaboré, bref, une
tuerie. J’ai découvert le premier avec l’intriguant Kafkatrax, qui me laissait, je dois l’avouer, dans le désarroi le
plus complet. Le second m’était entièrement inconnu jusqu’à ce jour, bien qu'il soit une des pierres d'angle de Kompakt, l'usine musicale d'où est sorti Mohn. Mais je ne
vais plus manquer de le suivre. Car Mohn est
une récompense pour les plus patients, les auditeurs les plus mûrs, les
oreilles les plus averties. Décryptage, ressenti, intelligible, sensible, rien
n’a plus de début ni de fin, et l’amour porté au génie que l’on perçoit chez
ces deux créateurs n’a plus vraiment de limites. Sincèrement emballé par cet
opus, je dois avouer que j’ai peu dormi ces derniers temps, préférant l’écoute
prolongée de ces plages sonores inquiétantes au sommeil et à la raison. Parce
que peu de mots seraient à la hauteur de l’œuvre, j’estime qu’il ne me reste
plus qu’à vous quitter sur un son issu de l’album, et à vous souhaiter une
bonne écoute.

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