Sunday, May 6, 2012

Sélection #2 - Printemps



À l’heure du téléchargement en quelques clics, de la surproduction et de la surconsommation de musique, un weekend, c’est long, et une semaine de retard devient un lourd fardeau. Parce que je suis né après 1990, il m’est impossible de prétendre aimer digger à la manière des anciens, sans se presser, en s’imaginant que le temps qui nous est imparti tend vers l’infini. Je suis de cette race de boulimiques du son, qui enragent de n’avoir que 24h dans une journée, qui se confrontent inlassablement et en vain aux limites que la durée des morceaux leur impose, et qui ne connaissent la satiété qu’à l’heure du live. Ainsi, je dois confesser que - vacances oblige - rester éloigné de la musique pendant plus d’une semaine m’a paru une éternité. Plus encore, l’impossibilité de chroniquer tout ce que j’avais écouté voracement par la suite (trop grosse quantité ingurgitée en trop peu de temps) me rendait furieux. J’ai donc décidé qu’il était temps d’abréger mes souffrances et de passer à la seconde sélection de ce blog. Une sélection que j’ai choisi de diviser par genres. Puisque mon travail était déjà primaire, pourquoi ne pas aller au bout de mon entreprise de simplification de cette savoureuse compilation ?


Quand il s’agit de House/Deep House, il y avait deux albums qu’il ne fallait absolument pas rater… L’un était assez dur à éviter, puisqu’il s’agissait du dernier long format de la star du genre Moodymann, un Picture This envoûtant à souhait qui marche aussi bien à l’écoute au casque que sur le dancefloor. Les publics froids ou exigeants ne résisteront à pas l’appel d’un ‘Pray 4 Love’, tandis que les flûtes de ’Hold It Down’ ou  s’accommoderont à la perfection avec une soirée entre intimes dans votre salon. En revanche, il est possible que vous soyez passé à côté de l’autre perle de ce mois, le LP de Tazz sorti chez Tsuba. Ce canadien jusqu’à présent inconnu au bataillon pour la plupart d’entre nous vient de se révéler être un DJ House des plus prometteurs, grâce à un Adventures of Tazz très convaincant. Peu d’albums de club music sont arrivés au niveau de celui-ci cette année, tant il est vrai qu’il reprend à la perfection les codes de la house, tout en les diluant dans un mélange corrosif d’Acid et de Techno. Encore une fois, Detroit et Chicago se font sentir, mais à la différence d’un Fort Romeau (cf. Kingdoms) ou d’un Gerry Read (cf. Yeh Come Dance) que j’apprécie pourtant beaucoup, la touche acid est largement privilégiée, et cela lui donne une grosse personnalité dans un monde de deep house aseptisée.



En matière d’EPs, mention spéciale à ce bijou de Credit 00 baptisé The Living Room Life. Comme en début d’année avec le superbe Brother de Cuthead, le label allemand Uncanny Valley n’en finit pas d’empiler les maxis de qualité. Enfin, découverte du mois, le mystérieux A5. Signant la sortie du premier EP du nouveau label Udacha, il devient immédiatement un des noms à suivre de cette année.



Les choses sérieuses, désormais. Il m’est permis de penser que ce mois-ci a été très fructueux pour les amateurs de musique électronique légèrement moins classique. En témoigne les EPs de Lakker, Ukkonen, et Vessel. Le premier signe un Arc très intéressant, relevant d’un peu de Bass une techno très dense et très actuelle, à la manière d’un Boddika Joy O. Le second, quant à lui, ne s’est focalisé sur aucun genre, tant on a du mal à définir l’ensemble de l’EP. Dans Spatia, la dimension « voyage intersidéral » est ici combinée à de la techno et de l’IDM… On est encore en mal de certitudes, voyez-vous, car si l’étiquette techno semble être collée à la musique du duo finnois, les breaks, contretemps et autres anacrouses répétées n’appartiennent en rien à l’esthétique « 32 bars ». Uncharted Audio avait déjà sorti son précédent maxi, Erriapo, qui vaut bien d’être écouté si l’on veut comprendre l’univers de Miko Vaino et Sasu Ripatti. Pour finir, je me concentrerais sur cette nouvelle merveille parue chez Left Blank, minuscule structure qui risque d’attirer pas mal de monde, artistes novateurs en mal de reconnaissances tout comme fans à la recherche de nouvelles valeurs sûres. Car après un très joli Hypnosis de El Kid, c’est Vessel (que l’on connaissait déjà pour son bel EP Nylon Sunset featuré par Peverelist) qui revient avec un maxi baptisé Standard. Trois tracks, trois bombes, une deep house un peu rêveuse à la Joakim, et deux tracks qui semblent hésiter entre Hotflush et Smallville. Une cinquième petite réussite qui ne fait qu’accroître les chances de Left Blank de devenir un futur symbole d’exigence.




La Bass Music n’avait pas non plus de soucis à se faire au printemps puisque Distal et Lazer Sword  ont tout deux sorti de bons albums. Tandis que le premier ne fait que confirmer son sa réputation de joyau de la scène post-dubstep avec un Civilization qui ravira tous les amateurs de Tectonic, le second dépasse son statut de simple « UK ravemaker » lambda avec Memory et arrive à nous prouver que pour lui non plus, le dubstep n’est pas qu’une question de wobble. En se prenant plus au sérieux, Lazer Sword nous montre un nouveau visage qui, s’il n’est pas encore à la hauteur des Martjin Deykers ou des Travis Stewart de ce monde, vaut bien une écoute attentive. En parlant de Travis Stewart, celui-ci, toujours aussi créatif et omniprésent, a sorti un EP de grande classe en compagnie d’Om Unit, sous l’avatar de Dream Continuum. Deux des plus beaux noms de la scène Bass ici réunis pour nous offrir un morceau qui leur semble presque facile, mais qui a réellement envoyé dans l’espace tous ceux qui ont décidé de suivre cette hérésie juke perdurante…


Si j’ai déjà mentionné les importants albums techno qui ont vu le jour ce mois-ci (Claro Intelecto chroniqué ici, ceux de Sendai et Shifted comparés ici), j’ai malheureusement oublié de préciser que les meilleures surprises de ce mois-ci étaient rangées à la section des musiques plus expérimentales.
D’abord Exit Strategy, l’impressionant album de Larvae, nous plongeait dans un évasif trip ambient/glitch, tournant entre la Drum’n’bass minimaliste d’Auxiliary, le drone de Demdike Stare, et l’expérimentale du dernier Desolate. Le tout avec une cohérence remarquable et un sens de la structure qui fait froid dans le dos. On ressortait renversé d’un album auquel on en demandait rien, si ce n’est l’exigence générale d’Ad Noiseam, le label sur lequel est paru cette merveille d’Exit Strategy (ce qui n’est en fait pas rien en termes de qualité, mais bon, surprise quand même pour ma part).



Ainsi, après une première agréable surprise, on était charmé par l’écoute du fascinant LP de Dan Habarnam. Une ambient parsemée de rythmes technoïdes ou 2step profonds et presque souffrants tant ils sont enfouis sous la masse de synthés et d’effets d’inserts. Une sorte de drone lumineux, qui enlève toute l’esthétique dark à un genre pourtant souvent connoté « dark ». C’est fou comme quelques kicks bien placés peuvent donner vie à un album assez froid. En conséquence From The Known est un des rares albums tombant pleinement dans la case « expérimental » tout en étant très chaleureux. Un accomplissement qui méritait qu’on parle de cette prouesse musicale. À noter que la pépite est sortie chez Exit, label qui, après le Test Dream de Consequence en novembre dernier, n'en finit décidément pas de nous contenter.




Enfin, Mohn, la réunion de Wolfgang Voigt et Jurg Börger, signait un album éponyme, pur chef d’œuvre ambient, audacieux, inspiré, élaboré, bref, une tuerie. J’ai découvert le premier avec l’intriguant Kafkatrax, qui me laissait, je dois l’avouer, dans le désarroi le plus complet. Le second m’était entièrement inconnu jusqu’à ce jour, bien qu'il soit une des pierres d'angle de Kompakt, l'usine musicale d'où est sorti Mohn. Mais je ne vais plus manquer de le suivre. Car Mohn est une récompense pour les plus patients, les auditeurs les plus mûrs, les oreilles les plus averties. Décryptage, ressenti, intelligible, sensible, rien n’a plus de début ni de fin, et l’amour porté au génie que l’on perçoit chez ces deux créateurs n’a plus vraiment de limites. Sincèrement emballé par cet opus, je dois avouer que j’ai peu dormi ces derniers temps, préférant l’écoute prolongée de ces plages sonores inquiétantes au sommeil et à la raison. Parce que peu de mots seraient à la hauteur de l’œuvre, j’estime qu’il ne me reste plus qu’à vous quitter sur un son issu de l’album, et à vous souhaiter une bonne écoute.



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