Saturday, April 21, 2012

Claro Intelecto - Reform Club




Mark Stewart, aka Claro Intelecto, est un des soldats de Modern Love, un de leurs guerriers si j'ose dire. Si ses débuts chez Ai Records l’ont tout de suite fait remarquer des plus fins diggers, il faudra cependant attendre son arrivée sur le label de Shlom pour que sa renommée soit faite. En effet, la série des Warehouse Sessions, maxis sublimes joignant un soupçon d’électro à une techno formatée pour le club, ainsi que son premier opus, Neurofibro, l’ont élevé au rang des plus talentueux contributeurs que la dub techno connaît actuellement. C’est donc en tant que maître en la matière que Claro Intelecto, en même temps qu’il s’est dirigé chez Delsin (signant au passage un très intéressant EP intitulé Second Blood), nous offre son dernier album, Reform Club.

Mark a souvent erré entre dub techno et deep house. Il n’a nullement honte de l’avouer, certaines de ses racines puisent dans le milieu house nord-américain, comme TheoParrish ou Moodymanc. Il n’a pas honte d’être un mélange d’influences bien trop différentes pour être cantonnées à une techno sèche. Sa musique n’est qu’un alliage des aspects plus doux et modérés de ses penchants deep et de son amour pour la culture rave anglo-américaine, culture rave qu’il a lui-même aidé à forger en tant que ‘clubber’. Il y a chez Mark Stewart quelque chose de profond, de chagrin, une sourde mélancolie, née là où ces genres se croisent. Une préférence pour le trouble et l’enfoui qui l’a longtemps poussé du côté d’une dub techno expressive, évocative. À l’heure de l’omniprésence des monstres froids et mécaniques, à l’heure d’une techno le plus souvent « sombre et mentale », Claro Intelecto n’hésite pas à réchauffer nos cœurs avec des nappes luisantes, des basses enveloppantes, et une douceur sensuelle. Metanarrative, son second et précédent album, pièce centrale dans son oeuvre, était lui aussi dans une veine sentimentale, un registre presque lyrique. Un LP qui marquait par son habilité à sécher nos larmes, à diminuer nos peines, dans une sorte de compassion sonore admirable. Aujourd’hui,  Reform Club s’attarde moins sur notre cas personnel, et étudie un aspect plus général de la question : qu’en est-il de la passion dans l’ « EDM » ? Y a-t-il encore de l’épanchement de  sentiments dans nos clubs, où l’hédonisme auquel nous nous adonnons a-t-il éteint toute flamme en nous ?

À cela Claro Intelecto nous répond qu’il existe cet étrange no man’s land où cohabitent techno et sentiments. Sans s’épancher sur chaque track, on peut dire que ce Reform club est une ode à l’ajout de la passion à cette musique si souvent aride et sévère. Le travail est splendide car aucune des esthétiques (techno, deep house, dub) n’est reniée, tout coexiste, tout se tourne autour, se rentre dedans, et flirte jusqu’à fusionner. Les kicks un peu trop attaqués, les rythmes plus doux, les reverbs planantes… . Des jeux de contrastes en veux tu en voilà, et pourtant tous les morceaux rendent service les uns aux autres. On sort envoûté de l’écoute de ce LP, charmé par un sublime ‘Night of The Maniac’, ou étourdi par le virevoltant ‘Control’. Mention spéciale au larmoyant 'Still Here', qui prouve une fois encore que Stewart ne reniera jamais son côté mélancolique, même si Reform Club ne se préoccupe plus de nous consoler. La recette appliquée est à peu de choses près la même que celle de Metanarrative, et l’on s’en voit ravis. Peut-être que le seul détail choquant est l’absence de réels floorfillers, car les morceaux vraiment taillés pour les boîtes de nuit manquent à l’appel, mais l'esthétique techno générale nous rappelle nos nuits les plus folles, malgré un tempo parfois très lent. Avec un album nécessairement réservé à une écoute domestique, mais qui n'oublie pas de titiller nos jambes avec des rythmes entraînants, Claro Intelecto réussit un long format incroyablement cohérent et immersif. Du début jusqu’à la fin vous hésiterez entre pas de danse et amour, entre la chaleur d’un corps blotti contre vous, et la transe alcoolisée du bout de la nuit. À vrai dire, que demander de plus ? Reform Club est taillé pour toutes les occasions, et résiste à toutes les situations. Achetez-le sans regarder, vous prendrez forcément du plaisir à écouter cet album. En revanche, si vous préférez vous faire maltraiter, j’ai quelques délices par ici aussi…

Claro Intelecto, Reform Club
Delsin Records
2012



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